Droits des femmes un jour, droits des femmes toujours ?

Depuis 1982, sous l’impulsion de la ministre déléguée Yvette Roudy, la France reconnaît le 8 mars comme journée internationale des droits des femmes. Parmi ceux-ci, le « droit au meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être atteint ». Une résonance particulière en cette année de grande cause nationale consacrée à la santé mentale.
Les droits des femmes sont des droits humains pour Amnesty International, comprenant « le droit de vivre libre de toute violence et discrimination, le droit au meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être atteint, le droit à l’éducation, le droit à la propriété, le droit de voter et le droit à un salaire égal ».
La journée internationale des droits des femmes trouve plusieurs origines dans le monde, mais, s’agissant du 8 mars, cela remonterait à 1857 à New York. Un long cortège d’ouvrières du textile aurait envahi les rues de la ville pour protester contre les conditions de travail injustes, réclamer elles aussi des journées de 10 heures…, des pièces claires et saines, des salaires égaux à ceux des tailleurs. En France, Olympe de Gouges avait marqué son époque plus tôt encore en écrivant en 1791 que « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », dans son manifeste révolutionnaire de « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ».
En France toujours, Simone de Beauvoir, Françoise Giroud, Gisèle Halimi, Simone Veil, entre autres grandes femmes, ont mis leur pierre à l’édifice, tandis que la ministre déléguée aux droits des femmes, Yvette Roudy, a fait reconnaître la journée du 8 mars, depuis 1982.
De sidération en considération
Pour autant, si l’égalité femmes hommes est un principe constitutionnel depuis 1946 en France, elle reste défavorable aux femmes dans les faits, malgré un important corpus législatif. A commencer par les salaires, montrés du doigt par une loi de mai 2018 obligeant les entreprises d’au moins 50 salariés à calculer et publier leur « index d’égalité ». La situation s’améliore, même si force est de constater que ce n’est pas de gré. Les inégalités dans les mentalités persistent. Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, occupent majoritairement des emplois à bas salaires, se heurtent dans les professions supérieures à un plafond de verre limitant les fonctions dirigeantes.
De mérite(s), les femmes n’en manquent pas, sachant qu’elles accomplissent 75% du travail de soins et d’accompagnement non rémunéré, impactant leurs déplacements, leurs horaires, leurs carrières. Elles se rétablissent moins vite en cas d’arrêt étant donné que les tâches familiales continuent, influant sur leur niveau de stress plus important que celui des hommes.
Il est de la responsabilité de chacun et de tous d’insuffler le mouvement égalitaire, pour une meilleure qualité de vie et de conditions de travail partagée. En l’occurrence par la considération de la femme dans son contexte, par le dialogue, l’organisation concertée de son parcours, la prise en compte de sa santé, la conciliation équilibrée avec sa vie personnelle, notamment à la faveur d’un retour de maternité...
Vulnérabilité négligée
En cette année de grande cause nationale dédiée à la santé mentale, celle des femmes, inhérente à leur état de vulnérabilité qu’est la grossesse, pendant et après, mérite justement réflexion. Un constat partagé au sein du service Enosys de l’Union Patronale du Var par les assistantes sociales Delphine Bozzi et Prescillia Lewin, ainsi que par la psychologue du travail Clara Semenzato. « Globalement, les femmes sont mal renseignées et mal accompagnées sur le baby-blues, la dépression post-partum, les troubles anxio-dépressifs, entre autres maux liés à la grossesse », explique Delphine. « 50% à 60% des femmes qui accouchent ont un baby-blues », renchérit Clara, « 10% à 20% des jeunes mamans sont touchées par la dépression. On sait que c’est là, que cela peut s’aggraver en psychose si l’on pousse loin le champ des risques possibles ».
Pourtant, c’est quelque part tabou, ignoré par convenance collective, dans la société en général, dans l’entreprise en particulier. « Peut-être parce que c’est uniquement féminin », s’interrogent-elles. Certes, le législateur a prévu la visite de pré-reprise du travail, mais pas de surveillance spécifique de la santé mentale des femmes qui est en moyenne deux fois plus impactée que celle des hommes en milieu professionnel. A plus forte raison lorsque les hormones de grossesse s’estompent puis disparaissent, mais seulement au bout de deux ans en totalité, incluant un niveau plus ou moins élevé d’irritabilité, de fragilité. Sachant que 46% des femmes travaillent, qui ne sont certes pas toutes maman, des passerelles en entreprise et avec la médecine seraient les bienvenues au regard de ces données.
Le cours de la vie
« Dans leur grande majorité, les femmes enceintes que nous recevons manquent d’informations de base sur leurs droits, les congés maternité et parentaux, l’adaptation éventuelle de leur poste de travail en fin de grossesse, de leur trajet le cas échéant, incluant de l’aménagement en télétravail par exemple. Il y a beaucoup de questions auxquelles nous essayons de répondre », précise Prescillia, à l’unisson de ses collègues. Sensibiliser les dirigeants, managers, collègues de travail (comme ce qui devrait se faire pour les aidants), fait partie de leurs préconisations de professionnelles, à dessein de créer en interne un climat de bienveillance, voire de bientraitance, y compris pour rassurer celles dont l’inquiétude commence dès le début de leur grossesse de peur que cela nuise à leur carrière.
« Etre enceinte n’est pas une maladie ni un accident. La maternité, c’est le cours de la vie », affirme Delphine. « Retrouver sa place dans de bonnes conditions nécessite un retour bien préparé, une bonne réintégration, un soutien solidaire. C’est un facteur de protection sociale dans l’entreprise qui sera bénéfique à tout le monde », poursuit Clara. Le tout permettant à la femme qui devient - ou redevient - mère, et qui n’est de toutes les façons plus tout à fait la même personne car elle porte le monde, à commencer par le sien, d’atteindre le meilleur état de santé physique et mentale dont elle a droit. Et pas que le 8 mars !
La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits
QVT, santé, RSE, économie circulaire, culture…, autant de sujets potentiels, aux côtés de l’actualité d’Enosys, service UPV d’assistantes sociales et de psychologues du travail.
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